En s’imposant à Douala face au Cameroun (83-80) et au Congo (86-58), le Gabon a décroché son billet pour l’AfroCan 2027 à Kigali. L’exploit est moins sportif qu’organisationnel. Il a surtout validé un modèle qui a fait du manque de moyens une méthode.
Au Complexe de Japoma, au Cameroun, le Gabon n’a pas seulement remporté le tournoi qualificatif de la Zone 4. Il est devenu la première nation issue des éliminatoires à rejoindre le tableau final de l’AfroCan Kigali (2-11 juillet 2027), où l’attendaient déjà le Maroc, la Côte d’Ivoire, la RDC et le Rwanda.
Sur le terrain, le scénario est connu. Un comeback contre le Cameroun à domicile, puis une démonstration de maîtrise contre le Congo. Mais c’est hors du terrain que l’histoire devient plus intéressante.
Cette sélection s’est présentée sans mise au vert adéquate et sans regroupement. On pourrait croire à un accident. Ce n’en est pas un. C’est le régime normal du basket gabonais depuis 2022, date de la dernière subvention étatique versée à la Fédération.
En janvier dernier, devant le nouveau ministre des Sports Paul Kessany, le président fédéral, Willy Conrad Asseko, réélu un an plus tôt (11 janvier 2025) pour un mandat jusqu’en 2028, avait résumé l’équation en deux phrases : « Absence d’infrastructures aux normes, absence de budget de fonctionnement. »
Pourtant, sans aide conséquente de l’État, la Fédération a mobilisé ses membres et travaillé avec ses partenaires privés pour constituer un budget prévisionnel de plus de 300 millions de FCFA afin de tenir la baraque. Elle l’a fait. Et de fil en aiguille, elle s’est tissé une voie vers Kigali.
La formation et la régularité des compétitions, gages de réussite !
L’une des premières décisions du bureau fédéral, à l’aube de sa réélection, a été de ne pas arrêter de jouer, malgré les soubresauts électoraux et les conflits d’intérêts.
Alors que la plupart des fédérations gabonaises vivent au rythme de la subvention, la Fégabab a inversé la logique. C’est la compétition qui finance la légitimité et non l’inverse.
Il en est sorti le calendrier le plus dense de la Zone 4. Une Supercoupe, un championnat amateur Youzou Élite en continu, une coupe du Gabon qui mobilise les 9 ligues provinciales, un championnat semi-professionnel (LINAB) relancé le 19 septembre dernier au gymnase d’Oloumi après dix ans d’interruption, et un circuit 3×3 disputé sur l’ensemble du territoire. Et tout ceci sans le Palais des Sports de Libreville, fermé à la compétition. Comme le dit le président Asseko : « C’est la compétition qui prépare la compétition ». Ça semble banal, mais le résultat est visible aujourd’hui.
Un exemple de créativité pour s’autonomiser
Et ce modèle masculin est répliqué pour le basket féminin, que le président qualifie lui-même d’être « confronté au manque de ressources, d’encadrement et de visibilité ».
Tout de même, faute de budget national, la Fédération a créé un micro-mécanisme : 500 000 FCFA reversés aux ligues provinciales (Ogooué-Lolo, Ngounié, Ogooué-Ivindo, Woleu-Ntem, Nyanga) qui respectent un cahier des charges dédié au féminin. C’est peu. C’est encourageant. Et ça produit des joueuses.
Ce que nous tirons comme enseignement de ce modèle, c’est que la passion et l’engagement ne se résument pas aux mots. Quand on fait jouer une finale à Port-Gentil et la coupe dans 9 provinces, tout en s’appuyant sur la formation et l’encadrement des 12-18 ans chaque semaine, le soutien de l’État ne doit plus être une condition préalable mais un accélérateur.
Le basket a prouvé qu’il pouvait survivre sans. La question est désormais de savoir ce qu’il peut gagner si l’État fait son job.
À Douala, le Gabon n’a pas forcément gagné parce qu’il avait plus de moyens. Il a gagné parce qu’il avait plus de matchs dans les jambes. C’est une leçon qui dépasse le basket. Dans un pays où l’on attend souvent la subvention pour commencer, une fédération a commencé sans subvention. Et elle vient de se qualifier pour une Coupe d’Afrique.
Bravo au Président Willy Conrad Asseko et que tu sois un modèle pour les autres qui n’attendent que la subvention de l’Etat pour fonctionner !




























































