
À la tête de la Fédération gabonaise de boxe (Fegaboxe ) depuis la démission surprise de Bonaventure Nzigou Manfoumbi, Pierre Anguinga Dickson assure l’intérim dans un contexte tendu. Entre mise en conformité des ligues, litige à l’Estuaire et organisation d’une compétition internationale à Libreville, il nous a accordé une interview exclusive pour parler des chantiers urgents du noble art gabonais.
Gabonallsport : Président. Pour commencer, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Pierre Anguinga Dickson : « Je suis effectivement Pierre Anguinga Dickson. Je suis président de la Fédération gabonaise de boxe suite à la démission du président Bonaventure Nzigou Manfoumbi. Conformément à nos statuts, j’assure l’intérim jusqu’à la prochaine élection.
Comment se porte la boxe gabonaise actuellement ?
La boxe gabonaise se porte bien. Nous sommes simplement en période de transition. Le président est parti de manière assez brusque. Personne n’a été informé de sa décision, pas même nous ses collaborateurs. Nous l’avons appris comme tout le monde.
En boxe, on dirait qu’on a été « mis K.O debout ». C’est comme si le chauffeur arrêtait soudainement la voiture et en descendait. Il y a eu un temps de réaction. Ensuite, nous avons remis les choses en ordre. La première étape a été de consulter les textes.
Et que disent les textes ?
Les textes prévoient qu’en cas de démission, le président sortant doit établir une attestation de démission et une attestation d’intérim. En tant que président par intérim, j’assure pleinement toutes les charges liées à la présidence jusqu’à l’organisation des prochaines élections. Le président démissionnaire s’est plié à cet exercice.
Après la démission du président Nzigou Manfoumbi, c’est donc à vous d’assurer l’intérim et d’organiser les élections. Où en est cette organisation ?
L’organisation des élections dépend aujourd’hui d’une décision du gouvernement. Le ministère des Sports a indiqué, par plusieurs communiqués, que toutes les associations sportives doivent impérativement se mettre à jour.
La Fédération elle-même n’a pas de problème. Elle a déjà été mise à jour lors de l’élection du Comité olympique gabonais. En revanche, nous devons amener toutes nos ligues à se conformer. On considère qu’il y a une remise à plat de toutes les ligues. Il ne peut y avoir d’élections sans cette régularisation préalable via le guichet unique.
Une fois cette étape franchie, nous programmerons les élections : d’abord celles des ligues, ensuite celle de la Fédération.
Parlons de cette mise en conformité des ligues, sont-elles aujourd’hui à jour ?
On peut dire que toutes les ligues sont à 50% à jour. Ce qui manque, c’est l’agrément technique délivré aux ligues. Le guichet unique travaille actuellement sur le cas du football, à cause de l’élection à la présidence de la Fégafoot. On nous a demandé d’attendre. Une fois le football traité, ce sera au tour des autres fédérations.
Quand le « top départ » sera donné, nous enverrons les dossiers de toutes nos ligues pour examen et validation.
Arrêtons-nous précisément sur la ligue de l’Estuaire. Elle est divisée en deux camps : celui d’Otha, reconnu par le ministère via la Direction Provinciale des Sports, et celui d’Abessolo, qui dit avoir reçu ses pleins pouvoirs de la fédération. Où en est-on avec ce litige ?
Pour nous, ce litige n’a jamais existé. C’est une mauvaise lecture des choses. Certains passent leur temps dans les journaux, ce qui peut donner l’impression qu’ils ont raison. Mais ils n’ont pas raison.
Il n’existe qu’une seule ligue de boxe de l’Estuaire reconnue par la Fédération. Comment une ligue peut-elle exister sans être affiliée à la Fédération ? C’est le ministère qui finance les activités de la Fédération et qui envoie nos athlètes en compétition. Nous ne pouvons pas puiser dans une ligue informelle.
Si nous ne reconnaissons pas cette ligue, et si la ligue reconnue ne les reconnaît pas, où iront leurs athlètes ? Quelle est leur finalité ? Certains boxeurs n’ont pas combattu depuis trois ans. D’autres sont découragés. Ces jeunes auraient pu évoluer en sélection nationale, mais leurs clubs ne les ont pas mis à disposition de la ligue reconnue.
Pour nous, il n’y a pas de bicéphalisme. Il y a la ligue reconnue par la Fédération qui, seule, est reconnue par le ministère. Le reste relève de l’imagination.
Que répondez-vous à la Directrice provinciale des Sports qui atteste que c’est la ligue d’Otha qui est reconnue, après l’élection à laquelle elle a participée ?
Commençons par le commencement : la Directrice provinciale n’a pas compétence pour organiser une élection de ligue. Elle a présidé cette élection, mais ce n’est pas son rôle. Selon les statuts, le ministère vient comme observateur. Il rend compte à sa hiérarchie que l’élection s’est bien passée. Mais un observateur ne peut pas devenir organisateur.
Il y a donc un problème. Ce n’est pas le ministère qui présente les élus des fédérations, des ligues, et encore moins des clubs. Or, elle a présidé une élection de ligue en tant que Directrice provinciale.
Le ministère dit travailler en collaboration avec la Fédération et ses ligues, mais une de ses représentantes collabore avec une ligue non reconnue par la Fédération ni par sa hiérarchie. Comment une ligue peut-elle évoluer sans être affiliée à une fédération ?
La Fédération confirme donc que Gabriel Abessolo est le seul président de la ligue de l’Estuaire ?
M. Abessolo est président de la ligue de boxe de l’Estuaire à titre transitoire. Il aurait dû l’être pour trois mois, le temps d’organiser les élections. Mais les trois mois étant épuisé, nous sommes tombés de plein pied dans les décisions gouvernementales. Donc pour le moment, nous sommes en mode transitoire.
Le championnat d’Afrique de boxe zone 3 a été annoncée il y’a quelques semaines. Cette compétition internationale que le Gabon doit abriter aura-t-elle lieu ?
Oui. Elle est programmée du 27 juin au 4 juillet au Palais des Sports de Libreville.
Nous avons reçu la notification le 23 mars par l’instance internationale, avec une date butoir fin mai. La marge était serrée. Le ministère nous a demandé d’attendre, car c’est une compétition importante. Ils ont prospecté pour un financement et malheureusement, le temps est passé et ils n’ont pas obtenu l’accompagnement financier espéré car cette compétition n’était pas inscrite dans le budget de l’État.
L’IBA Afrique (Fédération internationale), dont le nouveau président est congolais de la RDC, a alors estimé qu’annuler une deuxième compétition d’affilée serait un déshonneur pour lui et un discrédit pour le Gabon. L’IBA Afrique apportera donc une contribution à hauteur de 60%. À nous de trouver les 40% restants pour sauver la compétition et l’honneur du Gabon.
Et notons que cette compétition est préparatoire pour les Jeux du Commonwealth qui se tiendront à Glasgow.
L’équipe nationale gabonaise est-elle prête pour cette compétition ?
La présélection nationale travaille toujours. Le seul problème a été l’incertitude. On ne peut pas faire travailler les athlètes intensément sans certitude sur le calendrier. Il y a un temps pour travailler, un temps pour la relaxation musculaire.
Maintenant que la compétition est confirmée, nous avons informé la direction technique et les pugilistes.
Un mot pour conclure, notamment aux boxeurs et aux sympathisants du noble art ?
La boxe, c’est l’une des seules disciplines où les conflits internes finissent dans les médias. Les kickboxeurs et les autres disciplines ont leurs querelles, mais ils ne se déchirent pas sur les réseaux sociaux.
Nous, dès qu’il y a un petit problème, on étale tout, alors qu’on pourrait régler ça ensemble. La Fédération est la maison de tout le monde. J’invite donc ceux qui pensent avoir raison à venir échanger avec nous, textes à l’appui. Il n’y a pas de raison qu’on ne trouve pas de terrain d’entente.
Le noble art, ce nom n’existe pas pour rien. Sur le ring, on se chamaille, on se bouscule. Mais une fois descendus du ring, on s’embrasse et c’est fini. C’est ce que je demande aux boxeurs et aux dirigeants. Il y a un temps pour se chamailler, un temps pour revenir à la maison.
La boxe est là, elle existe, elle a fait les merveilles de ce pays et elle continuera. Les talents naissent tous les jours. Il faut simplement nous donner le cadre pour accompagner nos jeunes ».






























































